
Benares, ville de 1 211 749 habitants est l'une des grandes villes sacrees de l'Inde. Les pelerins hindous y viennent en pelerinage pour se laver de leurs peches, ou pour mourir. En effet, trepasser a Benares, permettrait d'atteindre la 'Moksha', liberation du cycle des reincarnations. Se passent ici quotidiennement les rituels de vie et de mort sur les ghats, le long du Gange. Sur deux principaux, ont lieu jour et nuit les cremations, rituels impressionnants, dont les femmes sont exclues : celles-ci, par leurs pleurs parasiteraient la montee de l'esprit du defunt vers le nirvana. Elles passent donc ce moment entre elles, sur une place quelques rues plus loin, ou je les decouvre nombreuses. Dans les ruelles de Benares, les hommes arrivent bruyamment portant les corps des defunts, etendus sur un brancard de bois ou de bambou, drapes de tissus scintillants, de guirlandes et

de fleurs. La procession se rend jusqu'au fleuve, ou les proches versent une derniere fois l'eau sacree sur le visage de la personne decedee. Je vois une famille qui m'emeut. Malgre "la chance" pour sa mere de deceder en ces lieux, le fils d'une vieille dame s'effondre, c'est visible, face a la douleur et l'emotion de ce dernier soin, de ce dernier adieu. Sa famille vient le soutenir. Apres ce dernier bain, le corps est libere de tous les artifices decoratifs pour n'etre plus qu'entoure d'un drap blanc et depose sur le bois. La famille tournoie autour en l'encensant. Puis le feu est amene sous

le corps ; le fils de la vieille dame souffre a quelques metres, les pieds dans le Gange, regardant une derniere fois sa mere. J'ai mal a cet instant pour cet homme, j'ai mal pour moi, j'ai mal de Papa. A Benares, je me sentirais melancolique, ville bercee par les fumees des corps brules. Malgre les croyances fortes et les espoirs d'une mort menant a la paix et a la serenite, ces gens souffrent comme nous, face a la perte d'une personne aimee.

Le Gange est entoure a l'Ouest par des champs desseches, a l'Est, par de magnifiques batiments coloniaux. Une promenade a l'aube sur le fleuve est magique ; je vis comme un reve de me trouver aux cotes de ce fleuve mythique, le Gange.
La lumiere du soleil s'approche de notre hemisphere, se reflete en rose et bleu sur le fleuve ou se reposent les barques. La lumiere est belle, douce, puis le soleil se leve rapidement au dessus de l'eau, il nous eclaire et nous rechauffe, tandis que les hindous accomplissent prieres et gestes de purification.


C'est dimanche et jour de lessive apparemment. Les draps blancs laves dans le Gange (blancheur etonnante au regard d'une eau totalement asphyxiee, ravagee, par les bacteries dont nous passerons les origines...) sont etendus le long des marches. Hommes et animaux se rechauffent d'un repos au soleil apres une froide nuit. Autour, enfants et plus grands se divertissent dans l'art du cerf-volant, ils sont peu a peu sans doute une centaine, losanges colores flottants dans le ciel.



Les buffles d'eau sont baignes et soignes par leurs maitres, les vaches deambulent librement dans la ville, les chevres vetues de t-shirts (car "elles sont aimees") vaquent a sautiller d'un escalier a un autre. De droles d'hindous, aux longs cheveux entortilles en locks, habilles de tissus oranges, ne font ... rien : ce sont les sadous, personnes qui se dedient a la vie spirituelle (n'est-ce pas...)

Certains sont munis de triptyques, se devouant a Shiva, je reste toutefois sceptique et interrogative sur leurs pratiques. Certains occidentaux habilles de meme, semblent etre restes perches la, un peu egares dans un autre monde. Je me perds pour ma part dans les ruelles entortillees.

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