jeudi 23 septembre 2010

Marche dans l'Ovorkhangai

La marche est aisee, le chemin est bien indique : nous suivons la riviere! Le decor est splendide, verdoyant, zen au possible, les chevaux toujours plus nombreux- parfois curieux, parfois peureux, le betail, les yourtes, et le relief est ideal. Avec Manon et Marie, nous sommes de bonne humeur et faisons connaissance facilement. Nous dormirons tantot sous la tente en bivouac improvise, tantot aupres d'une yourte apres un diner partage, tantot sous la yourte. Les nuits seront tres fraiches, les reveils fantastiques, et je crois chaque jour reve de la beaute de la steppe.

"Samedi 17 juillet
Belle journee de marche, il fait chaud le matin et orageux en apres-midi. Un eclair ne tombe pas loin et nous faisons une halte aupres d'adolescents qui nous helent de leur yourte au moment ou la pluie se met a tomber. Ils nous offrent un bol d'airag, le lait de jument fermente auquel je ne parviens a m'habituer. Son aigreur ne reussit pas a seduire mes papilles... Nous reprenons la route une bonne heure plus tard, avec l accalmie du ciel. Apres une heure et demie de marche, nous sommes a nouveau appelees a rejoindre une yourte ou nous acceptons l'invitation d'y passer la soiree. Nous sommes chez Ganbaatar et Sainbileg. Des acheteurs sont la, et Sainsileg prepare les tripes et boyaux du mouton depece. Elle se met ensuite a la cuisine pour nous. Je tente de faire mes premiers pas en cuisine mongole sans grand succes, il faut force et vigueur pour traiter avec le rouleau a patisserie.. Pate a base de farine et d'eau, on laisse reposer, on coupe, on roulotte pour constituer de grandes crepes a faire dorer sur le grand wok un bref instant. L'eau est sur le feu, la viande sechee y est jetee et se rehydrate, les pates coupees en fines lamelles seront lancees ensuite dans ce bouillon. La voisine est venue discuter pendant ce temps, le son de la langue est guttural. Les femmes rigolent. La yourte est ouverte par la porte et sur le centre du toit d'ou sort le conduit du poele qui rechauffe la piece et sert de fourneaux. Autour du poele, les deux piliers de la yourte, entre lesquels il ne faut en principe pas passer. La yourte est grande, decoree, coloree, et du mouton seche au plafond. La cuisine a l'entree, les lits organises le long de la toile qui forme un cercle, quelques meubles, un autel avec l'encens et le petit moulin a prieres. Comme a l'habitude a l'arrivee dans une famille, nous passons un moment a echanger sur nos vies et parcours grace a l'aide d'un petit dictionnaire francais-mongol, on partage les photos de famille, des amis, on etale la carte du monde que je ne quitterai pas durant mon long voyage. On y admire ensemble comme le monde est grand, comment se situent nos pays, les drapeaux.
Ce soir la, apres l'orage, les nomades nous appelent a sortir de la yourte pour admirer la nature : la lumiere du coucher de soleil est fantastique et l'arc en ciel extra-ordinaire, entier. Emotions.
A pied, tout est autrement, la marche prend tout son sens dans la rencontre humaine qu'elle permet. Je pense que ce creux de vallee est un veritable tresor, aux pieds de l'arc en ciel."

"Lundi 19 Juillet
Depart matinal, une belle journee vallonee. Nous traversons le decor de bonne humeur et en forme. Nous recroisons quelques cavaliers sympathiques, entre autres le jeune homme qui servit de guide a Frederic Lopez et Bruno Solo dans Rendez-vous en terre inconnue. Il parle un francais parfait.
Saluts aux abords des yourtes avec les nomades qui sont toujours tres amuses de notre deplacement a pieds : cela leur semble totalement aberrant, ils nous proposeront toujours de nous accompagner en moto ou a cheval. parfois une distance est de mise a l'approche de regroupements de yourtes, ou les chiens tiennent avec vigueur leur role de gardien. Nous feignons souvent de ramasse des pierres pour les faire reculer et nous sommes munies en route de batons.
Les prairies sont jonchees maintenant des pierres volcaniques noires qui ponctuent le vert des steppes. Nous approchons vite de notre objectif, les chutes d'Orkhon - mots imprononcables en mongol, malgre notre entrainement quotidien. Journee de grosse chaleur, Marie sera malade durant la nuit, sans doute d'une mauvaise insolation. Ce sera mon tour quelques nuits plus tard, en route vers Khujirt. (...) "
Apres avoir atteint les chutes d'Orkhon, nous reprenons route vers Khujirt, village d'eaux thermales. Nous y louons a un eleveur pour une journee des chevaux pour gouter au plaisir de l'equitation dans la steppe. Tres grande emotion au premier galop, sourire spontane, rigolade! Je n'avais jamais pense reussir a galoper comme cela et je trouve confiance en mon canasson. Nous souffrons par contre de vives douleurs aux genoux et egalement de notre posterieur car les selles mongoles de bois et arquees nous laisseront quelques sequelles!
Assoiffees en fin de journee, l'ultime galop qui nous ramene au village est intense. je me sens vivre, autant dans la douleur que dans l'euphorie et l'excitation du galop dans la steppe.

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