jeudi 31 mars 2011

Derniere semaine en Inde



Jeudi 24 fevrier, arrivee a Bombay, cela commence a six heures du matin a la gare alors que je suis chargee de mon sac a dos et cela continuera jusqu’au soir, “cinq mains aux fesses” dans la journee. J’ai l'impression d’etre paranoiaque, est-ce seulement l’effet de la bousculade qui provoque une proximite physique ou celle-ci est-elle effectivement mal-intentionnee ? Je me souviens bien que lorsque je fus accompagnee de voyageurs masculins, nulle chose de ce genre ne leur arrivait cependant. Je suis un peu minee car en Inde, je ne compte plus le nombre de sexes masculins exhibes lors d’epanchements publics, le nombre de mains deplacees dans les foules, les gestes obscenes, qui deviennent une sorte de violence... Ici mieux vaut eviter le regard des hommes. Bombay est pourtant moderne.
Il ne s’agit jamais de jeunes hommes cherchant un divertissement ou souhaitant faire les malins, mais toujours d’hommes d’age mature. Alors quoi?
Alors, quelle pitie ces hommes qui sont peut etre sans liberte affective, en cocotte minute, frustres a en devenir cingles et inadaptes, voir violents. Quelle pitie qu’ils s’imaginent que les femmes occidentales sont differentes des leurs concernant la pudeur, l’intimite et le desir. Savent-ils du moins ce que signifie tout cela? Surement non.
Je plains leurs epouses.

Cela continue. Un apres midi, un individu me demande dans la rue si j ai besoin d aide, je reponds par la negative et continue pour aller quelques rues plus loin deposer des lettres a la poste. Au moment ou je me tourne vers la boite, une main se serre sur ma fesse. Je me retourne illico, c’est le meme homme qui m’a suivie, je cris 'Hey!' ; l’individu se met a courir, la lachete toujours. Par chance une voiture le bloque en tournant dans la rue et un passant le saisit. Je fais scandale, je suis folle de rage, je lui hurle dessus. Une vingtaine de personnes arrive peu a peu, je le frappe car je ne supporte plus. Les gens pensent d’abord qu’il m’a vole un bien puis comprennent ; ils sont un peu outres du geste. L’individu commence a expliquer une etrange version "c’est pas de chance, pas fait expres". Les gens ne le croient pas et une dame indienne commence a l’engueuler, vraiment pas contente. Je suis en colere, il a voulu mettre sa main sur moi, je vais lui mettre la mienne au visage, et je lui decolle une baffe. Il prend pour tout les precedents. Le mec est minable, commence a s’excuser, et a dire qu il ne recommencera pas. Il a un cote infantile, collant, lache, c’est insupportable. Il faut que je m’en aille car je pourrais frapper longtemps, ma fureur s’amplifie. Je remercie les gens qui m ont defendue et je pars.
J’ai mal a la main, j’ai frappe en etant nerveuse... ce doit etre ainsi qu’on apprend a se battre.

Je reste choquee du pourcentage d'inadaptes sexuels. Le soir, je m’endors tard, pas vraiment sereine. Le lendemain matin, je traine a l’auberge et finis par me bousculer pour mettre le nez dehors, il me reste encore une semaine ici.






Heureusement ce jour, la chance me sourit : en passant devant une ruelle, je vois une dizaine de chats et du coup, egale a moi-meme, je m’y engage. Une dame me demande si je cherche quelque chose car cette voie est sans issue, “ non, pas vraiment”. J’explique que je me promene pour connaitre Bombay. Et c’est parti pour plusieurs heures de bavardages avec Marguerite. Cette femme s'occupe de plus de trente chats de la rue, qu’elle nourrit, et pour lesquels elle appelle une veterinaire actant gratuitement pour les minous quand besoin est.

Il y a le chat borgne, le chat aveugle, le chat mordu par le chien, le chat tombe de trop haut, celui renverse par une voiture, bref de nombreux estropies et ceux qui n’ont pas eu d accident, par chance. Je comprends les raisons qui les poussent a rester la, tous colles a la maison familiale qui subvient a leurs besoins et leur donne affection. On m’invite a y rentrer d’ailleurs.

La niece de Marguerite, jeune femme de 23 ans, me met ensuite ses petites souris blanches dans les mains, avant qu’on ne me presente les deux (gros comme Rosalie) chiens de la rue, puis le perroquet qui rit quand on rit, un ecureuil timide, un vieil oiseau que je caline entre mes mains... Cette maison est un vrai zoo ! (pourtant elle n est pas grande...)
Monsieur le pere de famille fait la sieste au milieu de la piece principale (10 metres carres) et dort dans ce brouhaha jusqu’a ce que sa femme le secoue pour faire de la place car elle me propose de manger la. Un peu surpris, le monsieur emerge et me dit "good morning madam", avant de reellement emerger quelques instants plus tard, realisant que je ne suis pas une des voisines. Tous a table par terre autour du repas, television allumee sur la coupe du monde de Cricket, evenement de haute importance ces temps-ci, ... Monsieur tente plus tard de m en expliquer les regles, et cela n’est pas simple.
Je dejeune donc avec Marguerite (dame aux animaux), Paul (son frere, le monsieur qui dormait), Stella (la femme de Paul, belle soeur de Marguerite), Lily (fille de Paul et Stella, 23 ans) et Samson (fils deces derniers egalement, 19ans). Nous mangeons tous ensemble du poisson et du riz et je suis invitee a revenir mange le lendemain midi, car ce sera dimanche, toute la famille sera encore presente. L’apres midi, je pars avec Lily en viree shooping-promenade.


Je reviendrais chaque jours de la semaine voir mes nouveaux amis, cocoon de gentillesse et de bien etre. Je suis toujours attendue par Stella qui, a defaut de pouvoir beaucoup discuter en anglais, m’attends toujours avec une assiette bien remplie. Ses fous-rires me font rire et nous nous amusons bien. Paul son mari, de dix ans de plus son aine, est toujours calme, l’air tranquille. Il est chauffeur dans un grand hotel et travaille souvent de nuit.
Je parle avec Lily qui parait bien sage pour son age. Elle travaille deja apres avoir fini des etudes d’informatique, elle aime se balader avec ses copines et faire du shopping le week end. En semaine, elle commence ses journees tot pour parcourir deux heures de transport en commun qui la menent a son lieu de travail a l’autre bout de la ville, de meme le soir pour rentrer. Elle a decide fermement qu’elle ne se marirait pas avant 28 ans, et bien que sa mere trouve l’age choisi un peu tardif, il est evident pour tout le monde qu’elle restera libre de sa vie sentimentale. Je crois comprendre dans des sous-entendus qu’elle aurait un pretendant ... qui devra donc attendre encore quelques annees ! Samson, son petit frere, est encore etudiant et traine le week-end dans le quartier avec ses amis, il s’habille avec soin. Selon Marguerite, il aurait une amoureuse, propos qui le fait rougir, il reste secret. Normal, c’est un garcon.
Marguerite quant a elle, n’est pas mariee, et semble avoir fait la fete dans sa jeunesse.
Elle est ouverte d’esprit, cultivee.

Un tatouage hindou sur le bras droit, a savoir le triptique de Shiva et le Om, qui serait une erreur s’etant produite lors d’une fete... je suppose que l’evenement avait du etre arrose pour qu’elle ne realise pas la meprise avant l’issue de l’oeuvre ... car la famille est chretienne et Marguerite avait commande une croix, une etoile et la lune ! Marguerite travaille trois jours par semaine, employee par des particuliers pour prendre soin de leur maison dans le quartier de Bandras. Elle aime cet emploi car elle y est tranquille.



Dans la maison, Marguerite dort dans la mezzanine, Paul, Stella, Lily et Samson, dorment au petit rez-de-chaussee, la piece principale de vie. S’y trouve un coin cuisine, un frigidaire, un coin d’eau pour faire pipi et se laver, un placard, la table a couture, une petite television et l’ordinateur des enfants, la cage des souris. Je suppose qu’ils utilisent par ailleurs des toilettes communales. Quand ils parlent ensemble du futur, ils font la reverie d’une maison plus grande ou les amis pourront etre invites a dormir.
Je crois avoir de la chance d’avoir rencontre une si belle famille, qui aime partager des moments d’amitie. Lily me dit etre contente que je sois arrivee jusqu’a eux car pour elle c’est une vraie decouverte de rencontrer une personne si differente dans la culture, dans le mode de vie. Stella me compare a un ange arrive jusqu’a elle... Si elles savaient la douceur qu’elles furent pour moi au cours de ce voyage.









Egalement, a defaut de visiter les musees de Bombay, j ai pu me promener avec un jeune homme etudiant le plus grand slum (bidonville) d Asie, Dhavari. Sur quelques 275 hectares, un million de personnes ! ... dont 45 pourcent vivent ds moins de 10 metres carres... Les habitants ont par contre developpe beaucoup d industrie entre leurs murs, entre autres le recyclage des poubelles, avant tout du plastique, et son traitement jusqu'a le revendre propre aux entreprises.

Petites rues avec 50 cm d ecart entre les deux lignes de maisons, des egouts ouverts, de l animation, plein d enfants, des couturiers, des tanneurs, des faiseurs de carton, des marches avec un peu d air. Bref sans doute un apercu realiste de l Inde. Les gens n ont pas l air si malheureux, ils ont plutot l air attaches a cet endroit, developpant la, leurs activites. L'eau courante et l'electricite sont maintenant a portee de tous ds la rue, des toilettes communautaires aussi, ou les egouts dehors.... ils y auraient meme maintenant des residences aisees ds certains quartiers du slum.






Voila les peripeties de la derniere semaine en Inde. De l extreme.



Je renonce a voyager a travers le Moyen Orient par voie terrestre en cette periode mouvementee. Je quitteraıs donc le continent par la voie aerienne, direction Istanbul. Une fois decidee, je me mets a rever cette nouvelle destination, a nouveau, mon coeur bat la chamade, je suis impatiente. La route continue.


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